La Petite Jauce et Amirando

Association pour la défense de la vallée de la Petite Jauce, ASBL

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Débat sur les OGM

Débat sur les OGM du 24 octobre 2002

Introduction faite par la Petite Jauce

Nous ne sommes pas des experts de la question des organismes génétiquement modifiés (OGM),  mais des citoyens vigilants et attentifs aux problèmes environnementaux. Le débat qui nous occupe ici porte sur la question de l'intérêt d'expérimenter sur notre territoire communal des cultures d'OGM en vue de pouvoir, à terme, introduire de tels organismes peu ou prou dans notre alimentation.

Nous ne parlons pas ici de la recherche sur les OGM à des fins thérapeutiques, ni des expérimentations réalisées dans l'espace confiné d'un laboratoire: c'est un autre sujet. Nous avons souhaité prendre part à ce débat parce que nous pensons qu'il ne doit plus rester dans le monde restreint des politiques, des experts ou des scientifiques. La question concerne directement chacun de nous, puisque tout le monde mange. Nous pensons que les scientifiques, souvent enthousiasmés, et c'est bien compréhensible, par leurs découvertes, n'ont pas le recul suffisant pour appréhender toutes les facettes du problème. Les experts, quant à eux, n'ont souvent pas suffisamment d'indépendance face aux organismes qui les subsidient, et les politiques ont &emdash; hélas &emdash; de moins en moins de pouvoir face aux décisions prises par les sociétés transnationales. Lesquelles ne sont d'ailleurs aucunement demanderesses d'un débat: il est significatif que nous n'ayons pas ici (comme souvent dans les autres débats sur le même sujet) de représentant de MONSANTO ou d'autres firmes productrices d'OGM.

Nous avons lu dans la presse que Nature & Progrès avait invité les communes de Wallonie à voter une motion de défiance face à toute expérimentation d'OGM sur leur territoire respectif. 29 % des communes wallonnes, dont plusieurs voisines à la nôtre, Hélécine, Ramillies, Fernelmont, etc... (74 communes au total si nos renseignements sont exacts) ont voté cette motion. Même si nous savons que notre commune n'a pas l'autorité pour empêcher des particuliers de cultiver ce qu'ils souhaitent sur leurs terres, nous l'avons tout de même invitée à voter cette motion. Car nous pensons qu'il s'agit là d'un signe fort et clair que nos politiciens locaux, qui sont censés représenter ceux qui les ont élus, peuvent donner aujourd'hui aux entreprises candidates à l'exploitation d'OGM à des fins de production alimentaire. Notre position n'est pas à jamais définitive et pourra être revue dans le futur à la lumière des conclusions du grand débat populaire sur la question que nous souhaitons ardemment, à la lumière de l'évolution des recherches dans ce domaine, des choix éthiques dans la production et l'utilisation de ces nouveaux produits et d'études complémentaires sur l'intérêt socio-économique de ces nouvelles cultures.

Nous avons été invités par les autorités communales à participer à un débat sur la question en présence du Collège des Bourgmestre et Echevins et de représentants d'agriculteurs. Le sujet a ensuite été à l'ordre du jour du Conseil Communal du 28 octobre. Le Conseil a finalement décidé, à notre grand regret, de ne pas voter la motion de défiance, sous le prétexte que l'interdiction de cultures OGM n'était pas de son ressort.

Voici quelques réflexions de principe que nous voudrions soumettre à l'assemblée ici présente.

1) Nous ne sommes pas opposés à la recherche sur les OGM, mais à la manière actuelle de les produire et de les utiliser : quelques firmes internationales monopolisent le secteur et renforcent encore un peu plus la dépendance de nos agriculteurs et ceux du tiers-monde. Pour toutes sortes de raisons qui seront évoquées dans le débat.

2) La recherche actuelle sur les OGM est trop fortement orientée par les multinationales dont l'objectif premier n'est pas l'intérêt public, mais le profit. La recherche du profit maximal n'est évidemment pas condamnable en soi mais, en l'espèce, elle va à l'encontre de l'intérêt des consommateurs et des agriculteurs, en particulier de ceux des pays du Sud. D'autre part, la recherche publique, désargentée - particulièrement en Belgique et c'est lamentable - se tourne de plus en plus souvent vers le privé pour obtenir les fonds nécessaires, lesquels sont bien sûr accordés sous conditions et pour autant que les directions de recherche imposées soient respectées. Pour exemple, j'ai moi-même travaillé, il y a une vingtaine d'années, dans un laboratoire de recherche fondamentale sur le site de l'ULB à Bruxelles dépendant de Plant Genetic Systems (PGS), une société flamande installée à Gand, créée dans le giron de la KUL et qui fut une des pionnières de la manipulation génétique des plantes (ce qui fait dire à certains que les OGM sont une invention belge). Lorsque qu'un heureux concours de circonstances mena à la découverte de graines de plants de tabac génétiquement modifiées pouvant résister à certains herbicides totaux, les dirigeants de PGS réalisèrent les plantureux bénéfices que la société pouvait espérer tirer de cette découverte et décidèrent de réorienter la recherche vers des domaines plus appliqués et plus immédiatement rentables. Le laboratoire de recherche fondamentale à Bruxelles fut dissout petit à petit et j'ai changé de job.

3) Jamais peut-être jusqu'à présent, l'homme n'a eu en ses mains un outil aux potentialités aussi phénoménales et prometteuses: utiliser à son dessein le mécanisme de production de protéines à la base de l'existence de tout organisme vivant. Il n'est pas insensé de penser que nous pourrions faire pousser des plantes génétiquement modifiées dans les régions quasiment désertiques (et lutter ainsi efficacement contre la désertification), sous des climats torrides ou, au contraire, glaciaux. Nous pourrions aussi produire des protéines vitaminées, en abondance et à bon marché, dans les pays du tiers-monde et lutter ainsi efficacement contre la faim dans le monde. Mais il est probable que cela ne se fera pas, parce que les clients potentiels pour l'achat de ces graines de plantes ne sont pas suffisamment fortunés.

Nous pensons que l'enjeu de l'utilisation de cet outil, et sa dangerosité s'il est mal utilisé, sont trop importants pour le laisser aux seules mains du privé. Le pouvoir politique doit pouvoir contrôler, placer des garde-fous, veiller à toute dérive, être guidé, conseillé et éclairé par les réflexions et les avis de nous autres citoyens, pour autant que nous ayons été bien informés et que de réels débats contradictoires sur le sujet aient eu lieu. Si les politiciens peuvent se tromper facilement, le bon sens populaire beaucoup moins. Or , aujourd'hui, la plupart des gens ne savent même pas ce qu'est un OGM et le débat n'a pas encore eu lieu. Dans l'état actuel de la question, nous estimons qu'il est trop tôt pour autoriser l'expérimentation en milieu ouvert de plantes génétiquement modifiées.

4) Or, la biodiversité est la seule assurance-vie pour l'avenir. Si, dans le passé, le monde du vivant a survécu aux cataclysmes destructeurs (certains ont détruit jusqu'à 97% de la vie sur Terre), c'est parce la Nature essaie en permanence toutes les formes possibles de vie, et que dans l'immense variété d'espèces ainsi produites (on les mesure en millions), il s'est toujours trouvé quelques organismes un peu mieux adaptés aux conditions nouvelles de vie. Par son activité, l'homme d'aujourd'hui a déjà détruit bon nombre d'espèces et le problème de la perte de la biodiversité devient de plus en plus préoccupant. La culture d'OGM va encore accélérer cette tendance. Par exemple, la Chine a cultivé jusqu'à 140.000 variétés de riz, mais aujourd'hui 6 variétés transgéniques envahissent ses cultures. Une étude européenne a montré que la coexistence entre variétés transgéniques et non transgéniques est quasiment impossible. Que se passera-t-il si les champs de ces "super plantes" génétiquement manipulées viennent à être décimés par une maladie nouvelle, un virus inconnu, ou une nouvelle espèce d'insectes particulièrement gloutons, ou si l'on découvre, à terme, que leur consommation a des effets nuisibles à notre santé, à notre environnement ? Si nous n'avons plus alors d'autres variétés pour remplacer ces OGM détruits, nous serons sérieusement démunis. Conserver la plus large variété de cultures possible est se reconnaître le droit à l'erreur et assurer que l'on puisse revenir en arrière si l'on s'est trompé.

5) Nous pensons enfin que le droit du consommateur de pouvoir choisir son alimentation (transgénique ou non) est inaliénable. L'envahissement prévisible du marché des aliments par des OGM si ceux-ci viennent à être cultivés de manière industrielle risque de mettre à mal ce droit fondamental.

 

Quelques réflexions suite aux débats OGM

Le vendredi 27 septembre, nous nous sommes réunis à la salle du Conseil Communal d'Orp-Jauche avec les Echevins Henri Bauwin (1er échevin, travaux et environnement) et Hugues Ghenne (affaires sociales, emploi, jeunesse, Marc Fichers de Nature et Progrès et divers agriculteurs de la commune et des communes voisines.

Cette réunion faisait suite à une demande de la Petite Jauce de voter en conseil communal une motion visant à interdire les cultures d'OGM sur le territoire de la commune. Cette motion était proposée par l'asbl Nature et Progrès, dans le but principal d'ouvrir le débat à la population et ainsi d'informer le consommateur du risque potentiel des OGM.

Ensuite, la locale Ecolo d'Orp-Jauche a organisé le 24 octobre un débat public sur la question, avec des représentants du monde scientifique (Prof. Philippe Baret, UCL), du monde politique (Renaud Klee, du cabinet de Jef Taverniers), du monde agricole (Jean-Pierre Champagne, Secrétaire Général de la FWA, Gabriel Marot, Agriculteur à Folx-les-Caves et Président de la commission agricole communale d'Orp-Jauche), ainsi que Joël, notre Président.

Pour rappel, la définition: Un OGM est un organisme vivant obtenu par un ensemble de techniques permettant de prélever un morceau du bagage génétique (gène) d'une cellule d'un organisme vivant (végétal &emdash; microbe &emdash; animal ou humain) pour l'introduire dans le matériel génétique de n'importe quel autre organisme vivant. Ces techniques (du génie génétique) permettent de franchir les barrières naturelles séparant les espèces.

L'introduction des OGM dans l'agriculture ces dix dernières années pose des questions fondamentales sur le plan éthique et environnemental. L'utilisation des OGM nous expose à des risques non-maîtrisés.

Où est l'application du principe de précaution (un des fondements du développement durable) pour arrêter l'introduction des OGM dans la chaîne alimentaire et dans l'environnement?

Derrière les OGM, il y a d'abord et avant tout d'énormes perspectives de profits économiques pour quelques uns. Les OGM s'inscrivent dans un type d'agriculture intensif, voire industriel, qui a abondamment recours aux produits chimiques. Cette agriculture-là ne favorise pas des modes de production plus familiaux, de qualité et respectueux de l'environnement des femmes et des hommes qui les pratiquent, respectueux aussi des consommateurs que nous sommes tous et toutes.

Ce que j'ai le plus retenu?

  1. Risques pour la santé : allergies liées à l'apparition de nouveaux aliments, inefficacité des antibiotiques par l'introduction de gènes y résistant
  2. Risques pour l'environnement et l'agriculture : endurance accrue des insectes, champignons prédateurs et escalade pour s'en prémunir, utilisation plus importante d'herbicide, fécondation des " mauvaises herbes " par des OGM et résistance de celles-ci aux herbicides totaux (re-escalade pour s'en prémunir), mise en péril de l'agriculture biologique (résistance des prédateurs aux insecticides naturels et contamination des cultures par des OGM), pollution génétique irréversible qui ne peut que s'amplifier, réduction de la biodiversité, dépendance des agriculteurs de quelques grandes multinationales
  3. Risques pour la sécurité alimentaire : actuellement, une trentaine d'espèces végétales seulement alimente près de 80 % de la population mondiale. Garantir la biodiversité, c'est se prémunir contre une éventuelle famine. Il n'est pas difficile d'imaginer le risque encouru si on ne cultive qu'une seule espèce de blé, de riz ou maïs … et qu'un prédateur devenu résistant l'attaque, contrôle d'une grande partie de notre alimentation par quelques entreprises…
  4. Problèmes éthiques vis à vis des pays du Sud : les semences " Terminator "  rendues stériles génétiquement priveraient les agriculteurs des pays du Sud de pouvoir réensemencer leurs champs avec les graines récoltées auparavant.
  5. Mais surtout, que les agriculteurs ne sont pas demandeurs de cette technologie qui leur est proposée - pas encore "imposée" - par les grandes firmes multinationales.

Les révolutions technologiques ne seront jamais des progrès si elles ne s'accompagnent pas de réflexions sur notre manière d'être au monde. Agir en consommateur responsable, c'est franchir une étape vers un progrès bénéfique pour l'ensemble de l'écosystème de la planète. Il n'y a pas de progrès si le développement durable, l'équilibre naturel et la dignité humaine sont bafoués.

Le bilan de ces deux réunions est positif: par le nombre de participants, par le message qui est passé chez les citoyens. Celui qui m'a le plus marqué: la Commission européenne réfléchit (et à décidé en limitant fortement) sur ce qu'elle appelle LA DISSÉMINATION VOLONTAIRE dans l'environnement d'organismes génétiquement modifiés. C'est bien de cela qu'il s'agit, et la question à se poser est: dans quel intérêt?

Marianne Saenen


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